Historiquement le « A la santé du confrère » chanson née dans un contexte particulier remonte, vraisemblablement, pendant la période du second Empire qui poursuit une politique répressive sur le droit de grève, malgré les interdictions le mouvement ouvrier se développe. Les assemblées typographiques ne pouvant se dérouler dans les imprimeries, pour structurer le mouvement syndical, les assemblées se déroulent au domicile d’un confrère à tour de rôle, un verre à la main, à la lueur d’une bougie, on trique en entonnant l’hymne typographique. Ce chant ancré dans l’histoire de l’imprimerie est interprété de nos jours dans la convivialité : Les anciens Alembertins du livre et de l’ébénisterie unis dans la joie, lèvent le coude « A la santé du confrère » chant relevé grâce aux voix d’or des amis ébénistes

Avec l’été 2018 caniculaire, la rivière solognote est en manque d’eau, le puits est tari, pas d’eau… pas d’eau… Avec ce soleil de « plomb » je suis flagada, impossible d’aller au « labeur » je déserte l’atelier d’ébénisterie, laissant au repos le pot de colle, la varlope, les ciseaux et le racloire ; je me retranche à l’intérieur, volets clos, pour me donner une impression de fraîcheur en faisant la farniente à proximité du « marbre » d’une planéité rigoureuse, matériau sans peur et sans reproche qui n’a peur de rien ayant voyagé dans le temps et résisté aux intempéries pour ce donner cette élégance qui lui est propre, toujours complaisant de « caractère » sans « mauvaise impression », fut longtemps l’univers de l’atelier de typographie. Retrouvant un peut de quiétude, en état hypnagogique entre veille et sommeil, nait une pensée créative d’un concept confraternel pour immortaliser la naissance de cet hymne ancien ! Cerné par les amis typographes, l’ébéniste (Alembert 46/50) rêve de créer une sorte d’affiche en marqueterie qui ferait un saut sous le second empire !

Subitement l’odeur et la splendeur des placages réveillent mon instinct boiseux, en gardant à l’esprit que chaque projet de marqueterie est singulier et doit être étudié, calculé et dessiné avec précision. Je ressorts toute la panoplie du dessinateur crayon, gomme, planche à dessin jusqu’au feutre à la pointe ultra fine calibrée pour tracer, effacer, jeter au panier et maintes fois recommencer afin de réaliser si possible, un ensemble schématiquement représentatif de l’année 1862 ?

Année 1862 marquée par le procès intenté aux ouvriers typographes Parisiens accusés d’avoir cesser le travail pour exiger la révision de leur salaire. Les ouvriers sont condamnés à l’amende et à la prison. Une délégation ouvrière a été envoyée à l’exposition universelle de Londres qui se déroule sur un fond de lutte sociale ce qui a certainement contribuer pour les ouvriers typographes d’échapper à la sentence, graciés en novembre 1862 par l’empereur afin de tenter d’apaiser le monde ouvrier et une certaine classe libérale. Peut-être que, en cette année 1862, sont apparues les premières notes du « A LA » ?

J’espère que mon exposé condensé donnera aux amis typographes du grain à moudre avec une chronologie permettant de comprendre l’histoire des ouvriers lettrés, les difficiles conditions du travail et les conquêtes sociales obtenues au fil du temps par la corporation avant-gardiste de l’imprimerie.

Je termine en vous présentant la marqueterie (avant la finition satinée) qui illustre un contexte historique, un mouvement social et culturel, elle n’exprime pas une pensée directe comme la langue qui s’exprime par des mots. A chacun d’interpréter librement la réalisation, ses significations et lui conférer le sens que l’on veut ; cette marqueterie est le résultat d’un travail qui suppose des intentions et des attentes de la part du créateur.

Une petite idée me trotte derrière la tête en ce qui concerne la destination de cette marqueterie !

À la santé du compagnon ébéno,

Qui régale les amis typos

Privés du composteur en déclin

Sans la précieuse casse et ses cassetins,

Mais avec de la trilogie en marqueterie

Une originalité dans l’ombre du passé

Hymne à la gloire de la typographie,

Mémoire, espérance, chant engagé.

Amitiés à tous.

Robert RAYMOND