Procès-verbal du conseil d’administration du 11 novembre 2014

Présents : GOHORY Guylem, FIDELAINE Francis, DAVID Alexandre, BEIGNET Gilles, CLAUDE Sylvain, JAMPOLSKI Marc, MOUTOTE André, RENAULT Bernard, RIELLANT Gérard, SCHERRER Jean, SCHRAMM Jean et TIRIOU Jacques.

Auditeurs libres : AUBERT Jean, BAQUET Albert, BONNEROT Patrick, BUR Dominique, CHAMPION Jean-Pierre, COIFFE Michel, CORMIER Jean-Claude, DREYER Jean, GINESTET Patrick, GERMAIN André, HULEWICZ Roger, LAURIN Pierre, LE BAIL Gérard, LEPAGE Jean-Louis, L’HELIAS Jean-Marc, LOURS Christian, MEHEUST Marcel, MONNIER Christian, PARA Michel, RAYMOND Robert, RAYNAL Daniel, RICHARD Dominique, ROSSO Richard, SINET Michel et WISZNIAK Henri.

Excusés : AURIOL André, JACINTHE Jean, LEONETTI Léonard et THOMAS André.

À 9 heures, un copieux petit-déjeuner, préparé par l’équipe de Didier CASAGNAVERE, accueille les Alembertins. A 10 heures, nous nous retrouvons dans la salle 3D. A 10 h 15, notre président déclare la séance ouverte.

Il est heureux d’annoncer la présence parmi nous, de notre trésorier Sylvain CLAUDE, après deux années d’absence, accompagné de son épouse Janine. Guylem GOHORY demande une minute de silence pour saluer la mémoire de tous nos ami(e)s disparu(e)s depuis notre dernière assemblée générale.

Gérard Riellant déroule le compte rendu du conseil d’administration du 11 septembre 2014. La lecture de ce dernier ne suscitant aucun commentaire particulier, il est adopté à l’unanimité.

Francis Fidelaine signale que, hélas, il n’y aura pas d’argent, issu de la collecte de la taxe d’apprentissage (TA), qui ira abonder les caisses de l’école cette année. L’administration ne nous ayant pas indiqué à temps les nouvelles modalités pour percevoir celle-ci (tous les documents sont dématérialisés, c’est-à-dire plus d’imprimés papiers). Francis énonce que tout sera mis en œuvre pour 2015, en collaboration avec M. HARD, le directeur du CFP d’Alembert, et le corps enseignant, pour que l’association puisse continuer à percevoir la taxe d’apprentissage au bénéfice de l’école d’Alembert, au profit de ses élèves.

En sa qualité de « remplaçant temporaire » de notre trésorier Sylvain CLAUDE, Gérard Riellant énonce à l’auditoire le bilan comptable, relatif à l’effectif de l’association : 230 adhérents sont à jour de leurs cotisations sur un effectif de 278. À ce jour, 13 retardataires sont à mettre au débit de l’année 2014, 19 pour 2014 et 2013, 9 pour 2014, 2013 et 2012. Il a été rappelé et approuvé que, désormais, il n’y aura plus de nouveaux rappels, que ce soit par lettre, par téléphone ou par courriels, pour certains. En outre, plus aucun document ne sera envoyé aux adhérents ayant plus de deux années de retard et, naturellement, à celles et ceux qui ont émis le souhait de ne plus faire partie de notre association, notamment quelques veuves d’anciens camarades.

Alexandre DAVID suggère que nous éditions une « page spéciale », qui serait insérée dans notre prochain bulletin, afin de conserver une trace écrite des épouses d’anciens qui ont eu, qui ont ou qui auront plus de trois années de retard de cotisations. Il est précisé à l’assemblée que plusieurs femmes continuent à recevoir nos imprimés, alors qu’elles ne cotisent plus. Depuis l’assemblée générale d’avril, à d’Alembert, 11 anciens d’Alembert sont venus « grossir » nos rangs. En ce jour du 11 novembre, les amis Christian LOURS et Daniel RAYNAL, présents dans la salle, ont reçu les documents ad hoc pour adhérer, officiellement, le 1er janvier 2015, même si nous considérons qu’ils sont des nôtres dès à présent.

A contrario, pour des raisons qui leur appartiennent, cinq adhérents ont demandé à ne plus faire partie de l’association. Peu de courrier par voie postale nous arrive désormais. La plupart des messages transitent désormais par le site alembertins.fr Cependant, il reste encore quelques amis n’ayant pas encore « succombé » aux sirènes de l’informatique. Certains nous adressent, de temps à autre, de longues et gentilles lettres, tel le copain Michel MICHAL-KOVA.

Gérard RIELLANT (à la grande surprise de sa charmante épouse Colette) annonce que la prochaine assemblée générale aura lieu dans la « petite » bourgade de CHEZELLE, aux confins des communes de Bellenaves et de Gannat, dans le département de l’Allier. Eu égard au calendrier des vacances scolaires (trois zones), l’assemblée générale a été programmée pour se dérouler le samedi 25 avril 2015. La réunion se tiendra dans la salle polyvalente de la commune, suffisamment assez grande pour accueillir les Alembertins. Le repas sera pris à « l’Hostellerie du Château », sis sur la commune de Bellenaves. Gérard, dans un trait d’humour qui le caractérise, rassure les participants quant à l’hébergement. « Pas d’inquiétude à avoir les amis, un hôtel « Ibis », d’une capacité de… 72 chambres, a été édifié, tout dernièrement, sur la commune de Saint-Pourçain-sur-Sioule ». L’assistance est rassurée, a priori personne ne devrait dormir « à la belle étoile » !

Guylem souligne qu’avant l’assemblée générale, il « lancera » un appel à candidatures pour le remplacement de nos amis qui désirent ne plus siéger au conseil d’administration. À cet égard, il tient à préciser que le fait de résider en province n’est pas gênant en soit. Il en veut pour preuve, les situations de l’ami Gérard RIELLANT et la sienne. Il annonce que, lors du repas, il fera une communication à ce sujet.

Le président nous fait part de légers « soucis » organisationnels, connexes au prochain banquet. Il rappelle à la salle que c’est suite à sa candidature spontanée, au mois de mars dernier, que Jacques PETITJEAN-LEGEROT, qui réside à Nevers, a été « adoubé » à Orval, pour organiser le banquet 2015. Guylem rappelle qu’il avait « désigné », alors, deux copains de la région neversoise, Bruno FERNANDEZ et Claude DIDRY, pour aider Jacques, dans sa noble tâche. Guylem précise qu’une salle, sur la commune de Sauvigny-les-Bois (située à 4 km, via l’entrée nord de Nevers), a été trouvée au début du mois d’août par les organisateurs. Il nous fait part de l’appel récent de Mme FERNANDEZ, l’épouse de Bruno, à Jacques PETITJEAN-LEGEROT, lui signifiant le désistement contraint de Bruno, pour cause de vacances à la date du 11 juillet. Jacques, s’avouant totalement décontenancé par cette situation, a fait part à Guylem de son intention de « tout envoyer paître ». Guylem doit entrer en contact, très prochainement, avec Claude DIDRY pour clarifier la situation et ainsi remettre, espère-t-il, sur de bons rails l’organisation du banquet 2015. Il est précisé à toute la salle que, logiquement, le banquet est à la charge EXCLUSIVE des organisateurs préalablement désignés et non à celle de son président et/ou de l’association. Cette dernière peut, tout naturellement, donner « un coup de main » et « conseiller » les organisateurs, s’ils en font la demande.

À propos du banquet et autres manifestations, le problème du transport des « anciens » est abordé. Un certain nombre de copains aimeraient tant être présents, mais la difficulté, de plus en plus présente, pour conduire leur voiture, leur interdit d’être des nôtres ce jour-là. L’idée première, soumise par l’ami Georges LAZ, consistant à louer un car, paraît difficile à mettre en œuvre, notamment « techniquement » et peut, certainement, s’avérer trop onéreuse, selon la majorité des copains présents au conseil d’administration. Francis FIDELAINE suggère que, parmi les « plus jeunes », il pourrait – peut-être – y en avoir quelques-uns qui puissent envisager la location d’un véhicule 9 places (permis A) et ainsi pouvoir transporter jusqu’à 8 personnes en sus du conducteur. Les frais de transport s’en trouveraient ainsi minorés, surtout que cette solution intermédiaire ne semble pas très alambiquée à mettre en œuvre. Tous les copains plébiscitent l’idée et trouvent la démarche judicieuse et très fraternelle. Francis annonce, pour sa part, que pour le banquet 2015, il a déjà choisi d’adopter ce scénario. Il conduira un « minibus », depuis la région parisienne, pour acheminer les copains jusqu’à Sauvigny-les-Bois. Les copains souhaitant se joindre à « l’opération solidarité transport pour le banquet » sont les bienvenus.

Guylem nous informe que le site alembertins.fr a failli disparaître, suite à une fatale négligence de l’hébergeur. La cause en est simple, ce dernier ne nous a pas annoncés la fin du contrat, comme stipulé dans les clauses. Il précise, qu’en toute urgence, il a pu renouveler ce dernier, grâce à un compte « paypal » qu’il a la chance de posséder, sinon le site était tout à « reconstruire » et les contenus définitivement perdus. Guylem annonce à l’assemblée qu’il envisage sérieusement de changer d’hébergeur.

Jacques TIRIOU nous présente les modèles de cartes de vœux qu’il a édités.

Gérard annonce que notre ami Jean-Pierre CAZALIS s’est fait opérer de la thyroïde et qu’il se remet doucement de cette intervention.

Guylem nous relate ses visites aux anciens, tel notre centenaire Marcel NEDELLEC, qui se porte comme un « charme », malgré ses presque 102 ans.

À 11 h 30, plus rien n’étant à l’ordre du jour, le président « lève » la séance. Tout le monde quitte la salle pour se diriger, doucement mais sûrement, vers la cour d’honneur. Il s’agit là, pour tous les copains et leurs épouses, de participer aux cérémonies du souvenir 1914-1918 (le centenaire) et ainsi commémorer la mémoire de nos copains morts aux combats, lors de la Première Guerre mondiale et les suivantes.

CEREMONIE DU SOUVENIR 14-18 A D’ALEMBERT

Le 28 juillet 1914, un coup de feu sur l’archiduc d’Autriche sera le déclencheur de la plus grande boucherie du début du XXe siècle. Début août, commençait, par le jeu des alliances, une guerre qui durera quatre années, faisant des millions de morts et de blessés. Parmi ceux-ci, plusieurs jeunes sortants de l’école d’Alembert, morts pour la Patrie, gravés sur la stèle, dans la cour d’honneur de notre école.

Ce mardi 11 novembre, pour le centenaire de la guerre 14-18, se sont réunis pour se souvenir, notre président Guylem GOHORY, de nombreux anciens, accompagnés de leurs épouses, M. HARD, directeur de l’établissement ainsi que des représentants de la municipalité de Montévrain. Moments de recueillement : dépôt des gerbes au pied de la stèle et lecture, par Patrick BONNEROT et Alexandre DAVID, des noms de ces jeunes d’Alembert morts pour la Patrie, lors des différentes guerres et conflits qui se sont déroulés au XXe siècle. Grâce aux recherches, un véritable travail de fourmi, de M. et Mme RAMOS, 27 noms de jeunes d’Alembert, oubliés des listes, alors qu’ils ont disparu lors du conflit 14-18, seront à rajouter sur la stèle de la cour d’honneur.

LES TROIS DISCOURS

Notre président demande une minute de silence. Il transmet la parole à M. ROBACHE, maire de Montévrain, qui commence son discours par ces mots :

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Ce discours est un discours de forme, pas de fond. Car quels que soient les mots, les tournures, les exercices linguistiques, ils ne resteront que des mots, ils ne ressusciteront pas nos morts, ils ne retireront pas la peine et la misère que des millions de Françaises et de Français ont connues dès le 3 août 1914, il y a cent ans.

En suivant méthodiquement les cérémonies du Centenaire, j’ai pu apprendre quelques anecdotes, je pense à cette famille bretonne, les Ruellan, 15 enfants, 10 frères mobilisés, 7 ont payé le prix du sang ; je comprends qu’à l’aube de la guerre suivante, la France ait érigé en symbole, ce sacrifice d’une famille de France. Je pense aussi au soldat Augustin Trébuchon, mort le 11 novembre d’une balle en pleine tête, 15 minutes avant le clairon de l’Armistice !

Saleté que la guerre, saleté que cette boucherie qui a jeté sur les champs de batailles, nos familles : des paysans, des ouvriers, des immigrés, des indigènes ! Ces gens sont nos ancêtres. Je ne peux m’empêcher de penser que leur mort, c’est notre liberté. J’ai souhaité que Montévrain soit, avec des milliers de collectivités, partie prenante dans la préparation avec dignité du Centenaire de l’Armistice de 1918. Notre ville, qui était alors un village de 600 habitants a payé un lourd tribut, en hommes, en réquisitions et en dommages de guerre. Rappelons-nous aussi que d’Alembert a été un hôpital de guerre, que notre cimetière a été une ligne de front au plus fort de la bataille de la Marne.

« Le siècle qui s’est achevé, était un siècle de haine ! », telle est la parole du philosophe Elie Wiessel, dont l’enfance a été marquée par l’incarcération à Auschwitz puis Buchenval et, où sa mère, son père et une de ses trois sœurs ont été exterminés. Mémoire de tous ces jeunes de France que la grande faucheuse a cueilli trop tôt. De cette jeunesse stoppée nette dans l’élan, au nom du sacrifice que les combattants ont opéré à chaque bataille. En 2008, c’était la première cérémonie sans poilu survivant.

Chers amis, la mémoire s’étiole dès que les témoins disparaissent et c’est lentement que l’oubli prend le dessus. L’oubli…? l’anesthésie…… Je suis inquiet mais je suis déterminé. Jusqu’au bout, je m’attacherai à défendre nos valeurs Liberté, Égalité, Fraternité ne serait-ce que pour ceux qui ont fait le sacrifice ultime en n’en profitant jamais !

Alors comme il est d’usage, Aux morts, la Patrie reconnaissante. Je vous remercie.

L’assistance applaudit le discours de M. le maire de Montévrain

M. HARD, directeur du C.E.F.P. d’Alembert, prend ensuite la parole :

M. le maire de Montévrain, Mesdames, Messieurs les élus,
M. le président de l’Association des Anciens élèves de l’école d’Alembert,
Mesdames, Messieurs les membres de l’association, Chers collègues,

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour commémorer le centenaire du déclenchement d’un des plus grands conflits de l’histoire moderne contemporaine, la Première Guerre Mondiale. Les cérémonies, que sont les commémorations militaires, sont nécessaires pour se rappeler que la guerre, si elle peut être regardée comme un acte diplomatique ultime, est toujours d’abord faite par des hommes et des femmes.

Les hommes et les femmes, représentés aujourd’hui par les anciens élèves de l’école d’Alembert morts pour la France au cours du XXe siècle, ont lutté pour la paix et la liberté, notre liberté, et ont payé le prix : beaucoup n’y ont pas survécu, trop d’autres sont revenus anéantis physiquement, moralement et psychologiquement.

Nous avons beaucoup de difficultés à tirer leçon de ce passé terrible, si l’on en croit une actualité marquée par de nombreux conflits, entraînant les mêmes conséquences : désolation, douleur, désespérance. Tous les discours prononcés aujourd’hui en France à propos de ce 1er conflit mondial du XXe siècle, rappellent les souffrances endurées pendant 4 ans dans le pays en conflit. Mais rien ne me paraît plus explicite, pour conclure cette courte intervention, que cette Citation d’Henriquita Lisboa, poète brésilienne, qui connut les deux guerres : « Pour parler de la Guerre, il n’y a que les larmes ».

Notre président remercie M. Hard et poursuit par le discours suivant :

« Vous avez gagné la plus grande bataille de l’Histoire
et sauvé la cause la plus sacrée, la liberté du monde. » (Maréchal Foch)

N’oublions jamais !

Au nom de l’association des anciens d’Alembert, c’est pour moi un devoir solennel de souligner et commémorer ici, dans la cour d’honneur de notre école, devant le monument aux morts, le 100e anniversaire du début de la Première Guerre mondiale. Un siècle s’est écoulé depuis que les premiers coups de fusil se sont fait entendre, en Europe, alors que l’espoir de paix s’évanouissait.

Lorsque le conflit a éclaté en Europe, en août 1914, on en prédisait la fin avant Noël. Comme nous le savons tous, ils avaient tort, terriblement tort. Pardonnez-moi si je ne m’attarde pas aux chiffres ni au souvenir amer de la souffrance et de la mort. Nous avons eu cent ans pour réfléchir à cette guerre. Beaucoup d’encre a coulé à ce sujet. Et pourtant, les soldats ont connu la boue et la maladie. Ils se sont battus dans de la gadoue assez profonde pour ensevelir un homme. Des milliers d’hommes pouvaient mourir en une seule journée pour avancer de quelques verges seulement. Nous ne pouvons qu’imaginer le courage dont ils ont dû faire preuve, la peur qu’ils ont dû ressentir et le dévouement qu’ils devaient avoir envers leur pays et leurs camarades pour recommencer constamment à se battre contre l’ennemi.

Le fait que cette guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres ait persisté durant plus de quatre ans, coûtant la vie à quelque huit millions et demi de soldats — et blessant physiquement et mentalement des dizaines de millions de personnes — explique l’engagement international contracté après l’Armistice conclu le 11 novembre 1918, afin d’empêcher un autre conflit de la sorte. Le fait que la Première Guerre mondiale n’ait pas été la dernière des guerres nous rappelle aussi que la paix ne peut être garantie à tout jamais et qu’il faut la cultiver avec soin, jour après jour.

Dans notre Histoire française, la Grande Guerre occupe une place particulière. Elle est l’épreuve la plus dure qu’ait connue la population française dans son ensemble. Elle a profondément marqué, transformé la société française. Et notre sol a été, non pas le seul, mais le principal théâtre du conflit. C’est pourquoi la Grande Guerre suscite encore et toujours, cent ans après, et alors que tous les survivants ont disparu, une attention et même une passion que le temps non seulement n’altère pas, mais ranime.

Cette curiosité ne s’est jamais éteinte. Comment la comprendre ? Elle tient d’abord à l’ampleur, à la durée de la tragédie, à son intensité, à son caractère planétaire : 72 pays concernés. Elle tient aussi au déluge du feu qui s’est abattu sur des combattants qui n’y étaient pas préparés, qui pensaient partir pour une guerre fraîche et joyeuse. Elle tient à l’usage des armes qui furent utilisées – armes chimiques – pour la première fois. À ce point horrible que ces armes furent prohibées par la Communauté internationale. Par aussi l’arrivée de nouvelles formes de guerre : l’aviation mais aussi le char… Bref, une industrie.

Le souvenir de la Grande Guerre ne s’est jamais effacé. Il est d’ailleurs confondu dans les paysages, retracé dans des photos qui sont exposées : paysage du Nord, paysage de l’Est. Le souvenir de la Grande Guerre est présent dans chaque village, dans chaque ville, parce qu’il n’y a pas de commune en France où un monument aux morts n’ait été érigé, parce qu’il n’y a pas de commune en France où il n’y ait pas eu de victimes de la Première Guerre mondiale. La trace de cette guerre est inscrite également dans chaque famille, comme un patrimoine que l’on ouvre ou que l’on découvre ; comme une trace qui est entretenue, de génération en génération, avec des témoignages qui sont restés de la part de ceux qui ont vécu l’horreur. Aujourd’hui, ce sont les photos, les objets, les archives qui permettent de reconstituer – chacun à son échelle – le récit de la désolation. Avec cette lancinante question posée, génération après génération : comment des soldats ont-ils pu, pendant des mois et des mois, pousser aussi loin les limites humaines et supporter cet enfer ?

Cette question, nous nous la posons d’autant plus volontiers que pour beaucoup d’entre vous, pour beaucoup d’entre nous, nous avons connu des survivants. Des grands-pères qui nous ont raconté leurs blessures qui, touchés par le gaz ou frappés par des balles, nous racontaient et nous racontent encore par le souvenir et par les objets laissés, les livres écrits : le froid, la faim, le dénuement, la fureur, la peur et l’odeur, l’exhalaison irrespirable de la mort qui vient. Maurice Genevoix a écrit les plus belles lignes là-dessus : « Ce que nous avons fait, c’est plus que ce que l’on pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait ».

Comment ne pas saluer les 430.000 soldats venant de toutes les colonies, de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est et qui ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas être la leur. Ils y ont participé pour la France, et cet engagement fut ensuite au cœur de leur légitime exigence d’émancipation et d’indépendance. Commémorer la Première Guerre mondiale, c’est aussi célébrer la victoire de la République, car la République se révéla plus forte que les Empires centraux. L’armée s’est mise au service de la République. L’autorité civile a prévalu jusqu’au bout, et c’est Clemenceau, un Républicain intransigeant, qui fut appelé « le père la Victoire ».

Commémorer, c’est saisir la force des générations qui nous ont précédés afin de faire des leçons de vie pour les suivantes.

Commémorer, c’est rappeler que la République a traversé des épreuves terrifiantes et qu’elle a toujours su s’en relever. Et qu’elle ne doit avoir peur de rien.

Commémorer, c’est savoir d’où l’on vient pour mieux appréhender ce qui nous relie et nous fédère dans une nation, la nôtre.

Commémorer, c’est renouveler le patriotisme, celui qui unit, celui qui rassemble, qui n’écarte personne au-delà des parcours, des croyances, des origines et des couleurs de peau.

Commémorer, ce n’est pas seulement invoquer le passé ou le convoquer, c’est porter un message de confiance dans notre pays, notre « Vieille France », écrivait le général de Gaulle, « accablée d’Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, mais redressée de siècle en siècle par le génie du renouveau ! ».

Commémorer, c’est parler la langue des anonymes. C’est parler du courage du Poilu qui rencontre l’effroi au fond de la tranchée, c’est souligner l’héroïsme discret, parfois anonyme, du Résistant qui rallie l’Armée des ombres, c’est saluer la dignité du Juste qui cache un Juif au péril de sa vie… Voilà ce que signifie « commémorer » aujourd’hui !

Cette Guerre, cette Grande Guerre, si l’Histoire avait été maîtrisée, si l’humanité avait eu une raison, aurait dû être la dernière. C’était l’espoir des soldats de 1914. C’était le rêve de Charles Péguy, qui déclarait, à la veille de sa mort, le 5 septembre 1914 : « Je pars, soldat de la République, pour le désarmement général, pour la dernière des guerres. » On sait ce qui advint par la suite : cette guerre ne fut pas la « der des ders ». Certes, et rappelons-le aussi, sur les ruines de cette Europe, sur les cimetières de cette jeunesse défunte, quelques esprits éclairés eurent l’audace de dire, de crier : « Cela suffit », « Plus jamais ça ».

Des dirigeants créèrent la Société des Nations, dans laquelle l’Allemagne entra en 1926. Ils crurent alors à une paix durable avec d’autant plus d’illusion que l’effroi du conflit hantait encore tous les esprits. Ils rêvaient d’une relation nouvelle entre la France et l’Allemagne, comme Aristide Briand. Ils croyaient que la fin des empires et l’émancipation des peuples seraient la conséquence de la guerre, et qu’elle ouvrait une ère nouvelle. C’est pourquoi, nous autres, anciens d’Alembert, un siècle plus tard, nous ne pouvons pas oublier tous ceux qui sont descendus au fond de cet abîme et beaucoup n’en sont pas revenus. Plus de 8 millions de Français — un cinquième de la population ! — furent appelés sous les drapeaux. Un million quatre cent mille sont morts. Des centaines de milliers ont été blessés : « gueules cassées », amputés, brûlés, gazés, qui ont porté tout au long de leur vie des stigmates, dans leur chair, sur leur visage, la marque indélébile de l’épreuve.

C’est en regardant le passé avec ses gloires, ses blessures, que nous prenons encore davantage conscience de nous-mêmes, de notre capacité de maîtriser notre destin. Savoir ce qu’est la mémoire, une mémoire partagée, une mémoire qui doit prendre en compte toutes les diversités de ceux qui l’ont constituée et qui font aujourd’hui ce que la France est… C’est une formule que le général de Gaulle lui-même avait voulu inscrire. Cette formule demeure comme étant autant d’exigence pour nous-même. Elle est la suivante : « C’est du passé que naît l’espoir ». Le passé n’est pas une nostalgie. Le passé n’est pas simplement le regard parfois complaisant que l’on porte sur l’Histoire. Le passé est un long segment et aussi une obligation. Être meilleur, être plus fort, être conscient de ce que nous avons encore à faire comme nation.

Aujourd’hui, à mon tour, je souhaite, en votre nom à tous, mes chers amis, qu’aucun des Français qui participèrent à cette mêlée furieuse ne soit omis. N’oublions jamais, membres de la famille d’Alembert, nos copains, nos frères, dont le nom est gravé ici sur le marbre de ce monument aux morts et qui, eux aussi, ont défendu la patrie au prix de leur vie. Il ne s’agit plus aujourd’hui de juger et encore moins de rejuger, il s’agit de se souvenir, de comprendre. Et s’il y a un principe que je retiens, c’est que la mémoire ne divise pas, jamais, elle rassemble.

Merci.

Une salve d’applaudissements conclut la lecture de cet émouvant discours.

Le directeur, Renaud HARD, invite tous les présents à venir prendre le verre de l’amitié au sein du restaurant scolaire, au cours du duquel retentira un puissant A la santé du confrère, sollicité par les élus de Montévrain.

Soixante-trois amis (anciens, accompagnés de leurs compagnes) ont pris place autour des tables pour un excellent repas, préparé par l’équipe de restauration, cornaquée par l’excellentissime Didier CASAGNAVERE.

Lors du repas, Guylem, entouré de « son » équipe, annonce qu’il a décidé de postuler, à un nouveau mandat de quatre ans à la présidence de l’association, lors de la prochaine assemblée générale, à Chezelle.

M. HARD nous fait part de la nouvelle organisation prévue à l’école, avec l’arrivée prochaine des jeunes d’Anet-sur-Marne.

M. et Mme RAMOS nous évoquent leurs recherches pour « retrouver » des disparus lors de la guerre 14-18, pour la commune de Montévrain et — par là même — des jeunes de l’école d’Alembert, grâce à la généalogie et la mise à disposition des fiches militaires de tous ceux qui ont combattu pour cette « Grande Guerre ». Ils ont préparé une exposition sur le centenaire de cette période qui se déroule à la mairie de Montévrain. C’est suite à leurs recherches très « fouillées » qu’ils ont recensé 27 anciens d’Alembert, morts au combat, et dont les noms ne figurent pas sur le monument aux morts de l’école.

Un bouquet de fleurs est remis à Janine, l’épouse de notre trésorier, l’emblématique et sympathique Sylvain CLAUDE, pour son travail de fin d’année, quant à l’élaboration du bilan et du budget prévisionnel de notre association.

Gérard Riellant (secrétaire des anciens d’Alembert)

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