L’amitié, (Jean de La Fontaine, « la Pléiade »), par RSB

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
Rien ne possédait rien qui n’appartint à l’autre :
     Les amis de ce pays-là
     Valent bien dit-on ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,
Et mettait à profit l’absence du soleil,
Un de nos deux amis sort du lit en alarme ;
Il court chez son intime, éveille les valets.
Morphée avait touché le seuil de ce palais.
L’Ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ;
Vient trouver l’autre, et dit :  » Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
A mieux user du temps destiné pour le somme.
N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?
En voici. S’il vous est venu quelque querelle,
J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?
– Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point.
  Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;
J’ai craint qu’il ne fut vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit songe en est la cause.
Qui d’eux aimait le mieux ?
Que t’en semble lecteur ?
Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
        Il vous épargne la pudeur
        De les lui découvrir vous-même.
        Un songe, un rien, tout lui fait peur
       Quand il s’agit de ce qu’il aime.
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  • Christian Roussillon
    #1 écrit par Christian Roussillon Il y a 2 ans

    L’AMITIÉ

    Je relie souvent le poème l’Amitié proposé par mon ami RSB sur le coin des poètes. Poème de Jean de La Fontaine dans la « Pléiade ».

    Depuis le départ de RSB, bien qu’il ne fut pas aimé de tous (on ne peut plaire à tout le monde) je m’aperçois en relisant ce poème, de la vérité qu’il en ressort.

    « Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu……. Qu’un ami véritable est une douce chose ! Il cherche vos besoins au fond de votre coeur. »

    Depuis que je ne lis plus tes textes si subtils sur notre site, il me manque quelque chose qui savait calmer mes maux. Malgré le temps qui passe je ne sais t’oublier et sans cette amitié qui nous liait grâce aux mots je me sens de nouveau comme un pauvre orphelin.

    J’avais cessé d’écrire lorsque tu es parti, mes idées de poète s’envolaient sans pouvoir s’accrocher. Des mots j’en avais tant à dire pour toutes celles et ceux qui soudain nous quittaient. Mon cœur ne savait que pleurer sans pouvoir réagir.

    En relisant ce poème que tu nous avais fais part, toi ce grand homme d’esprit, j’ai pensé que je devais renaître pour toi dans l’écriture.

    Nos amies ou amis nous quittent dans la souffrance, nous laissant dans la peine, mais qui souffre le plus par le malheur qui nous frappe ?

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